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Portraits de vignerons
Domaine Sandrine Henriot, Régnié-Durette : neuf parcelles de gamay en biodynamie Demeter
À Régnié-Durette, dans le nord du Beaujolais, Sandrine Henriot conduit trois hectares de gamay en neuf parcelles, en biodynamie, cette agriculture bio poussée plus loin et calée sur les cycles naturels. Elle a repris ce domaine certifié Demeter en 2018.
Comment décririez-vous le Domaine Sandrine Henriot ?
Trois hectares en neuf parcelles, trois appellations et un pétillant naturel
Le domaine tient sur peu de surface, et en beaucoup de morceaux.
« Mon domaine s'étend sur 3 hectares, sur 9 parcelles. »
Ces neuf parcelles se répartissent sur trois appellations du Beaujolais, Beaujolais-Villages, Régnié et Morgon, auxquelles s'ajoute un pétillant naturel, cet effervescent que l'on met en bouteille avant la fin de sa fermentation.
Le siège est à Régnié-Durette, l'une des deux communes du cru Régnié, et tout y est conduit en biodynamie sous label Demeter.
« Travaillant seule, la famille est forcément impliquée dans la vie du domaine. »
Le mot qu'elle choisit pour décrire sa propriété est familial. Elle mène ces neuf parcelles seule.
Quand avez-vous attrapé le virus du vin ?
Des études d'histoire, puis une formation pour reprendre un domaine
Bourguignonne d'origine, elle a grandi avec des bouteilles sur la table des fêtes et des vignerons de passage.
« Le vin est le seul produit où on peut parler de lui aussi longtemps entre convives. »
Ses études ne la mènent pourtant pas à la vigne. Elle suit d'abord un cursus d'histoire, avant de se réorienter vers une formation destinée à ceux qui veulent reprendre une exploitation viticole, et elle résume ce basculement en cinq mots.
« J'avais certainement besoin de concret. »
Le concret, elle le trouve à Régnié-Durette en 2018. Elle reprend un vignoble déjà cultivé en biodynamie, et certifié Demeter depuis 2010.
Elle n'a donc rien eu à convertir.
Quelle philosophie guide votre travail à la vigne et au chai ?
Des tisanes de plantes pour réduire le cuivre et le soufre
À la vigne, la ligne de conduite se lit dans le pulvérisateur.
« J'utilise beaucoup de tisanes de plantes à la vigne pour lutter contre les maladies afin de réduire les doses de cuivre et de soufre. »
Une tisane, ici, est une plante laissée à infuser dans l'eau, puis pulvérisée très diluée sur le feuillage. Le cuivre et le soufre restent les deux traitements de fond autorisés en bio contre le mildiou et l'oïdium, et comme le cuivre s'accumule dans les sols, chaque dose économisée compte.
Au chai, la règle tient en une phrase.
« En cave, je travaille sans intrants à part de faibles doses de sulfites. »
Les raisins entrent en grappes entières, macèrent sept à dix jours sans pigeage, puis vieillissent en cuve inox ou en jarre. Les sols se travaillent à l'enjambeur et au cheval, et des haies et des bosquets d'arbres bordent les parcelles.
Quel vin représente le mieux votre domaine ?
La cuvée L'humeur vagabonde, et le gamay pour seule signature
Invitée à désigner le vin qui résume son domaine, elle choisit la cuvée L'humeur vagabonde, un Morgon. Ce cru tire son nom de la commune de Villié-Morgon.
Le cépage, lui, ne change pas.
« Le gamay, bien sûr »
Le gamay signe les trois appellations du domaine, et c'est aussi le seul cépage principal que le cahier des charges du Régnié admet, les autres n'y étant tolérés qu'en appoint.
Le Guide Hachette a distingué son Morgon 2018 de deux étoiles dans l'édition 2021. À table, elle voit ces vins sur une viande en sauce, et ouvre plutôt un Régnié entre amis.
Quel souvenir au domaine vous a le plus marqué ?
Sa première dynamisation, après des années passées à la lire
Le souvenir qu'elle retient n'est ni une récolte ni une distinction.
« Ma première dynamisation. »
Dynamiser, c'est brasser une préparation diluée dans l'eau jusqu'à creuser un tourbillon, le casser pour brouiller l'eau, puis relancer en sens inverse. Elle avait lu et suivi des cours pendant des années avant d'avoir des vignes à elle pour le faire.
Ce qui la tient ensuite n'est pas la répétition des gestes, mais leur remise en cause par les sols et par la météo.
« Travailler avec le vivant fait qu'il n'y a jamais de routine et nécessite une remise en question permanente. »
Douze mois de travail, et tout repart de zéro.
Pourquoi suivre le Domaine Sandrine Henriot ?
Une parcelle en agroforesterie, et des blancs vinifiés ensemble
Parce que l'une des neuf parcelles s'apprête à changer de visage.
« J'ai un projet d'agroforesterie sur une parcelle que je vais replanter. »
L'agroforesterie associe les arbres à la vigne : des rangs plantés dans les parcelles, qui font de l'ombre, tiennent les sols et abritent des insectes utiles.
La parcelle porte aujourd'hui du gamay, et le domaine n'a encore aucun vin blanc à sa carte. Elle y installera plusieurs cépages blancs, dont la sélection se fera cet hiver, et qu'elle vinifiera ensemble.
Un premier blanc, donc, et des arbres entre les ceps. Deux chantiers d'un coup sur trois hectares menés par une seule vigneronne : c'est beaucoup, et c'est ce qui rend la suite intéressante.
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Questions fréquentes sur le Domaine Sandrine Henriot
Comment se pratique la dynamisation en biodynamie ?
On brasse l'eau et la préparation jusqu'à former un tourbillon profond, on le brise d'un coup pour créer le désordre, puis on repart en sens inverse.
Pourquoi pulvérise-t-on des tisanes de plantes dans les vignes ?
Pour épauler la vigne face aux maladies et alléger les traitements. Prêle, ortie ou osier s'infusent ou se font décoction, puis se pulvérisent très diluées. Elles ne remplacent pas le cuivre, elles permettent d'en mettre moins.
Le Régnié a-t-il été reconnu après les autres crus ?
Oui, en 1988 seulement, par décret du 20 décembre, des décennies après les neuf autres. Il ne couvre que deux communes du Rhône, Régnié-Durette et Lantignié, et ne produit que des rouges.
Un Régnié se boit-il comme un Morgon ?
Pas tout à fait. Même cépage, le gamay, mais deux sous-sols : le Régnié pousse surtout sur granite, quand le Morgon, sur ses schistes altérés, annonce une garde d'une dizaine d'années.
Quelle place le chardonnay tient-il en Beaujolais ?
Une place réduite. C'est le seul cépage admis par les appellations Beaujolais blanc et Beaujolais-Villages blanc, mais le blanc reste très minoritaire face au gamay.
